Il y a des histoires qui s’arrêtent, et d’autres qui se transforment.
La mienne n’a jamais vraiment disparu : elle a simplement changé de forme.
Ce dernier chapitre n’est pas une fin, mais un passage — une transition vers quelque chose de plus vrai, de plus doux, de plus aligné avec la femme que je suis devenue.
Après avoir fermé ma savonnerie, j’ai dû me retrouver.
Pas à travers les huiles, les recettes ou les DIP…
mais à travers moi-même.
Réapprendre à respirer
Les premiers mois après la fermeture ont été silencieux.
Pas un silence lourd, pas un silence qui fait peur — un silence qui apaise.
Un silence où je pouvais enfin souffler sans avoir l’impression de devoir prouver quelque chose.
Un silence où je n’avais plus besoin de performer, d’être “à la hauteur”, d’être parfaite.
Ce que j’ai découvert, c’est que je n’avais plus respiré profondément depuis longtemps.
Mon corps était fatigué, mon cœur écorché, ma tête saturée.
J’avais besoin d’espace, de lenteur, de douceur.
J’avais besoin de moi.
Redécouvrir mes priorités, mes valeurs, ma vérité
Quand on perd quelqu’un qu’on aime profondément, quand la vie nous secoue à en perdre pied, on voit le monde autrement.
La mort de ma maman m’a appris quelque chose d’inestimable :
la vie est courte, fragile, imprévisible… et incroyablement précieuse.
Alors j’ai regardé autour de moi.
J’ai regardé mes enfants, leurs rires, leurs fragilités, leurs forces.
J’ai regardé mon mari, nos années ensemble, notre solidité dans les tempêtes.
J’ai regardé ma famille, celle de sang et celle de cœur.
Et j’ai compris que c’était ça, ma richesse.
C’était ça, ce que je voulais préserver.
Ce que je voulais nourrir.
Ce pour quoi je voulais me lever, avancer, me reconstruire.
Ma famille est devenue ma boussole.
Ma santé, mon socle.
Mes valeurs, ma direction.
Me choisir… enfin
Pendant des années, j’ai fait passer tout le monde avant moi :
le travail, les obligations, les projets, les attentes, les “tu devrais”, les “ça serait bien que”…
J’ai tout porté, tout encaissé, tout absorbé, souvent jusqu’à l’épuisement.
La fermeture de la savonnerie a été un choc, oui.
Mais ça a aussi été une renaissance.
J’ai compris que me choisir n’était pas un échec.
Que poser mes limites n’était pas un abandon.
Que ralentir n’était pas un aveu de faiblesse.
C’était un acte d’amour — pour moi, pour mes enfants, pour ceux que j’aime.
Retrouver la joie, le goût du simple, le plaisir de créer… pour moi
Ce qui est beau, c’est qu’en lâchant la pression, la création est revenue.
Non pas comme une obligation, mais comme un élan, une envie, un plaisir.
Créer pour soi, pour s’apaiser, pour se faire du bien, pour offrir.
Créer sans avoir à valider un DIP.
Créer sans vérifier un CPSR.
Créer sans performance, sans cadre, sans injonction.
Juste… créer.
Parce que ça guérit un peu.
Parce que ça rassemble des morceaux.
Parce que ça aide à vivre.
Et maintenant ?
Aujourd’hui, je ne suis plus “savonnière à plein temps”.
Je suis Nana.
La femme que je deviens un peu plus chaque jour.
Je suis une maman engagée, une créatrice intuitive, une femme qui apprend à s’aimer autrement.
Je suis un être humain qui sait désormais qu’on peut aimer un projet et accepter de le laisser partir.
Qu’on peut tomber très bas et se relever, doucement, lentement, mais sûrement.
Qu’on peut perdre beaucoup… et pourtant retrouver des couleurs.
J’avance en choisissant la vie, la vraie :
celle qui se passe autour de la table, dans un câlin improvisé, dans les soirées en famille, dans les moments simples donnés par le quotidien.
Celle qu’on ne veut plus rater.
Celle qu’on savoure.
Celle qu’on vit à 200 % parce qu’on ne sait pas ce que demain nous réservera.
Pour conclure ce carnet : ce que je veux laisser derrière moi
Si ce Carnet de route existe, ce n’est pas pour raconter une savonnerie.
C’est pour raconter un chemin.
Un chemin parfois chaotique, parfois lumineux, profondément humain.
Ce que je veux laisser à travers ces pages, c’est un message :
On a le droit de changer de direction.
On a le droit de poser ses fardeaux.
On a le droit de se choisir.
On a le droit de vivre autrement.
Ma route continue, juste différemment.
Et elle est belle, sincère, pleine de sens — peut-être plus encore qu’avant. Merci d’avoir marché avec moi jusqu’ici
Le carnet se referme…
mais la vie, elle, continue d’écrire la suite
Retrouvez l’épisode précédent juste ici ! Ainsi que tous nos derniers articles :
- Savon Urucum et Curcuma

- Épisode 6 : Refermer le cahier… et réapprendre à vivre

- Épisode 5 : Pourquoi j’ai fermé ma savonnerie

- Épisode 4 : Comment j’ai ouvert ma savonnerie artisanale

- Créer, c’est se soigner un peu

- Recette DIY express : poudre nettoyante visage maison

