Formuler son savon, ce n’est pas suivre une recette. C’est comprendre ce que l’on fait.
Quand on débute, on reproduit souvent des formules existantes. C’est normal. Mais très vite, une question arrive : Comment créer sa propre recette de savon ?
Pour cela, il faut comprendre les bases de la formulation.
Formuler un savon, c’est quoi exactement ?
Formuler un savon, c’est créer une recette équilibrée.
Chaque ingrédient a un rôle précis. Chaque choix influence le résultat final.
Un savon, ce n’est pas juste un mélange d’huiles. C’est une combinaison pensée pour obtenir :
- une bonne dureté
- une mousse agréable
- une douceur adaptée à la peau
C’est un équilibre.
Les 4 critères d’un bon savon
Quand on formule un savon, il est important de comprendre que plusieurs critères entrent en jeu. Un bon savon ne se résume pas à un seul aspect. C’est un équilibre entre différentes propriétés.
1. La dureté
La dureté d’un savon joue un rôle essentiel dans sa durée de vie. Un savon trop mou va fondre rapidement sous la douche et s’user beaucoup plus vite. À l’inverse, un savon bien dur résiste mieux à l’eau et dure dans le temps. Cela dépend directement des huiles utilisées dans la recette. Certaines apportent de la structure et permettent d’obtenir un savon plus solide.
2. Le pouvoir lavant
Un savon doit bien sûr nettoyer. C’est sa fonction première. Cependant, un bon pouvoir lavant ne signifie pas décaper la peau. Un savon trop agressif va enlever le film hydrolipidique et provoquer des sensations de tiraillement. L’objectif est donc de trouver le bon équilibre : nettoyer efficacement tout en respectant la peau.
3. La douceur
La douceur est essentielle, surtout si le savon est utilisé quotidiennement. Un savon doux va laisser la peau confortable après utilisation. Il ne doit pas provoquer d’irritation ni de sécheresse. Cette propriété dépend notamment du surgras et du choix des huiles. Plus la formulation est équilibrée, plus le savon sera agréable à utiliser.
4. La mousse
La mousse est souvent associée à l’efficacité, mais ce n’est pas forcément le cas. Un savon doit produire une mousse agréable, facile à rincer et confortable à l’utilisation. Cependant, une mousse trop abondante n’est pas nécessaire. Ce qui compte, c’est sa qualité : fine, crémeuse et douce, plutôt que volumineuse et agressive.

Le savon parfait n’existe pas, mais on peut s’en approcher. Tout est une question d’équilibre.
Le choix des huiles : la base pour formuler son savon
Chaque huile apporte des propriétés différentes.
Quelques exemples :
- huile d’olive : douceur
- huile de coco : mousse et nettoyage
- beurre de karité : nutrition
- huile de ricin : booste la mousse
Une bonne formule mélange plusieurs huiles.
Comprendre l’indice de saponification
Chaque huile a un indice de saponification. Cet indice indique la quantité de soude nécessaire pour transformer l’huile en savon.
On ne peut pas le deviner. C’est pour cela que l’on utilise un calculateur de soude.
Sans calcul précis :
- le savon peut être caustique
- ou mal saponifié
C’est une étape obligatoire.
Le surgras : un élément clé
Le surgras correspond à la quantité d’huiles non transformées.
Il permet d’apporter de la douceur au savon.
En général, on utilise un surgras :
- entre 5% et 8% (sauf cas particuliers)
Trop peu = savon agressif
Trop = savon mou ou gras
Les deux façons d’obtenir un surgras
Il existe deux méthodes principales.
La réduction de soude
C’est la méthode la plus fiable. On diminue légèrement la quantité de soude, ce qui laisse naturellement une partie des huiles non saponifiées. Le surgras est alors bien réparti dans tout le savon.
L’ajout d’huile à la trace
On ajoute une huile en fin de préparation pour apporter un effet soin. Cependant, cette méthode est moins précise, car une partie de cette huile peut quand même être saponifiée.
En pratique, la réduction de soude reste la méthode la plus sûre, surtout quand on débute.
Pour en apprendre plus sur le surgras d’un savon, lis cet article : Comprendre et maîtriser le surgras en saponification
L’eau : souvent sous-estimée
L’eau est un ingrédient essentiel en savonnerie, même si on a tendance à l’oublier.
Elle permet de dissoudre la soude et de lancer la réaction de saponification. Sans elle, la transformation ne peut pas se faire correctement.
Mais son rôle ne s’arrête pas là. La quantité d’eau influence directement la texture de la pâte, la facilité de travail et même le temps de séchage du savon.
Une pâte avec plus d’eau sera plus fluide et plus facile à couler dans les moules. En revanche, le savon mettra plus de temps à durcir et à sécher.
À l’inverse, une quantité d’eau plus faible donnera une pâte plus épaisse, parfois plus difficile à manipuler, mais le savon sera plus dur plus rapidement.
Trop d’eau : le savon peut être mou et long à sécher
Pas assez d’eau : la pâte devient difficile à travailler et peut figer trop vite
La concentration de la solution de soude
Pour ajuster la quantité d’eau, on parle souvent de concentration de la solution de soude.
De mon côté, j’utilise généralement une concentration comprise entre 30 % et 40 %, selon le type de savon que je souhaite obtenir.
Concrètement, cela signifie que :
- à 30 %, la solution contient 30 % de soude et 70 % d’eau
- à 40 %, elle contient 40 % de soude et 60 % d’eau
Plus la concentration est élevée, moins il y a d’eau dans la recette.
Une solution autour de 30 % est plus facile à travailler, car la pâte reste fluide plus longtemps. À l’inverse, une solution plus concentrée (vers 40 %) permet d’obtenir un savon plus dur rapidement, mais demande plus de réactivité lors de la fabrication.
Le choix dépend donc :
- de la recette
- du rendu souhaité
- et de ton aisance en formulation
Trouver le bon équilibre entre eau et concentration de soude permet d’obtenir un savon à la fois agréable à fabriquer et de bonne qualité.
Les ajouts : utiles mais secondaires
On peut ajouter :
- des poudres
- des argiles
- des parfums
- des colorants
- des exfoliants
- et bien d’autres choses comme du miel, du lait (végétal ou animal), de l’avocat etc…
Ces ajouts permettent de personnaliser un savon, tant sur le plan visuel que sensoriel. Cependant, ils ne doivent jamais être considérés comme la base de la formulation. Une bonne recette repose avant tout sur un bon équilibre d’huiles.
L’impact réel des ajouts pour formuler un savon
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les ajouts ne sont pas neutres. Ils influencent directement la texture, le comportement à la fabrication et parfois même la durée de vie du savon.
Par exemple, les argiles ont tendance à durcir le savon et à apporter un toucher plus sec. Elles peuvent aussi donner un léger effet purifiant, mais elles absorbent une partie de l’eau, ce qui modifie la texture de la pâte.
Le sel, quant à lui, permet d’obtenir un savon plus dur et plus résistant à l’eau. En revanche, il peut aussi réduire la mousse.
Le miel est souvent utilisé pour ses propriétés hydratantes. Mais en pratique, il a aussi tendance à accélérer la trace et à chauffer la pâte. Il demande donc une certaine maîtrise.
Les laits (végétaux ou animaux) apportent de la douceur et une mousse plus crémeuse. Cependant, ils peuvent compliquer la fabrication et nécessitent quelques précautions.
Les poudres végétales peuvent colorer naturellement le savon et apporter un effet soin, mais elles influencent aussi la texture.
Chaque ajout a un impact, même en petite quantité.
Un point essentiel : les intégrer dans le calcul
C’est une étape souvent oubliée.
Tous les ajouts doivent être pris en compte dans le calculateur de saponification.
Certains ingrédients contiennent de l’eau, des sucres ou des corps gras. Ils modifient donc l’équilibre global de la recette.
Ne pas les intégrer peut entraîner :
- une texture instable
- un savon trop mou
- ou un résultat imprévisible
Ce qu’il faut retenir
Les ajouts sont intéressants, mais ils ne feront jamais tout le travail. Une mauvaise base ne sera jamais sauvée par des ajouts. Ils doivent venir en complément, pour améliorer une formule déjà équilibrée, et non pour compenser un manque de maîtrise.
Les erreurs à éviter pour formuler son savon
Quand on commence, certaines erreurs sont fréquentes.
Modifier une recette sans comprendre.
Utiliser trop d’huiles différentes.
Négliger le calcul de soude.
Ne pas tester le ph de son savon avant utilisation
La simplicité est souvent la meilleure approche.
Comment formuler sa première recette !
Si tu débutes, commence simple.
exemple de base :
- 60% olive
- 20% coco
- 20% karité
- Utilise un calculateur de saponification : mandrulandia
Découvre ici la recette du premier savon que j’ai réalisé : Le savon de Castille (100% huile d’olive), surgras à 8% par réduction de soude.



Puis ajuste selon tes besoins. Teste, observe, améliore mais surtout prend le temps de te documenter (livres, blogs, video etc…)
Formuler, c’est expérimenter
Une bonne formulation ne se trouve pas du premier coup. Elle s’ajuste avec le temps. On teste, on corrige, on comprend. C’est ça qui fait progresser.
Formuler son savon, c’est passer d’une logique de recette à une logique de compréhension. C’est apprendre à équilibrer. C’est créer en conscience. Et c’est ce qui fait toute la différence.
FAQ
Oui, il est tout à fait possible de créer sa propre recette de savon. Cependant, cela ne s’improvise pas. Il est important de comprendre les bases de la formulation, notamment le rôle des huiles, l’équilibre des propriétés et le fonctionnement de la saponification. Sans ces connaissances, il est facile de se retrouver avec un savon déséquilibré, trop agressif ou instable. Prendre le temps d’apprendre permet de créer des recettes adaptées à ses besoins.
Oui, c’est indispensable. Le calculateur de soude permet de déterminer précisément la quantité de soude nécessaire pour transformer les huiles en savon. Chaque huile ayant un indice de saponification différent, il est impossible de faire ce calcul “au hasard”. Sans calculateur, le risque est de produire un savon caustique (dangereux pour la peau) ou, au contraire, un savon mal saponifié. C’est donc un outil essentiel pour garantir la sécurité et la qualité du savon.
Le choix du surgras dépend du type de savon que tu souhaites obtenir. En général, un surgras compris entre 5 % et 8 % offre un bon équilibre entre douceur et tenue. Un surgras plus faible peut rendre le savon plus nettoyant mais aussi plus agressif, tandis qu’un surgras plus élevé apportera davantage de confort, mais au risque d’obtenir un savon plus mou ou qui rancit plus vite. L’idéal est donc d’adapter ce pourcentage en fonction de la formule et du type de peau ciblé.
