On parle beaucoup d’entrepreneuriat, de liberté, de passion et de réussite, comme si tout cela allait de soi une fois que l’on se lance.
Mais on parle très peu de ce que cela implique réellement quand ton cerveau ne fonctionne pas comme celui des autres.
Entreprendre avec un TDAH, ce n’est pas simplement “un peu plus compliqué”, c’est vivre en permanence avec un décalage entre ce que tu voudrais faire, ce que tu sais devoir faire… et ce que tu arrives réellement à faire.
Et ce décalage, au quotidien, il pèse énormément.
Quand l’organisation devient un combat quotidien
Ce qui me met le plus en difficulté, ce n’est pas le travail en lui-même, ni même la création, car ce sont des choses qui peuvent me passionner.
Ce qui est difficile, c’est tout ce qu’il y a autour.
L’organisation, le fait de rester régulière, d’être carrée dans ce que je fais, surtout sur les tâches que je n’aime pas, comme tout ce qui touche à l’administratif.
Je sais exactement ce que je dois faire, je connais les échéances, je comprends les enjeux… mais malgré tout, je n’y arrive pas.
Alors je reporte, encore et encore, en me disant que je le ferai plus tard, jusqu’au moment où je me retrouve complètement dépassée par la charge de travail ou rattrapée par les obligations, comme les pénalités de retard sur la TVA.
C’est ce que j’appelle la “taxe TDAH”.
Quand ton cerveau refuse d’avancer
Il y a aussi des moments où je ne suis pas juste fatiguée ou démotivée, mais complètement bloquée.
C’est comme si mon cerveau faisait un écran bleu, comme si tout s’arrêtait d’un coup.
Je sais que je dois travailler, que j’ai des choses importantes à faire, mais mon corps ne suit pas, et je suis incapable d’initier la moindre tâche.
Dans ces moments-là, je n’ai pas d’autre choix que d’attendre.
Attendre que le stress monte suffisamment, que la pression devienne plus forte que ma dysfonction exécutive, pour réussir à enclencher quelque chose.
Et c’est épuisant et très culpabilisant.
L’hyperfocus : à la fois une force… et un déséquilibre
À l’inverse, il y a ces moments où tout s’aligne, où je bascule dans ce qu’on appelle l’hyperfocus.
Quand un sujet me passionne, je peux y consacrer des heures, voire des jours entiers, sans voir le temps passer.
Je peux en oublier de manger, de boire, de répondre aux messages, et tout ce qui se passe autour de moi disparaît complètement.
Dans ces phases-là, je suis capable de produire énormément, avec une concentration et une intensité que peu de gens comprennent.
Mais ce fonctionnement n’est pas stable, et il peut aussi devenir un déséquilibre, notamment parce qu’il me coupe totalement du reste.
La culpabilité qui s’installe au quotidien
Le plus difficile, au fond, ce n’est pas seulement le fonctionnement en lui-même, mais tout ce que cela génère émotionnellement.
Je ne me suis jamais vraiment sentie légitime dans ce que je faisais.
J’ai longtemps eu l’impression de ne pas être à ma place, de ne pas être à la hauteur, et surtout d’être “moins capable” que les autres.
Je me suis beaucoup comparée, en regardant des entrepreneurs pour qui tout semblait simple, fluide, presque évident.
Et face à ça, moi, je me sentais nulle, parce que pour moi, chaque chose demandait un effort immense.
Quand les imprévus deviennent ingérables
Les imprévus et les retards sont aussi très difficiles à gérer pour moi.
Un simple changement dans l’organisation de la journée peut suffire à tout dérégler.
Cela peut me mettre dans un état de surcharge, où je ne suis plus capable de me reconcentrer ni de reprendre ce que j’étais en train de faire.
C’est quelque chose d’invisible pour les autres, mais à l’intérieur, c’est un vrai chaos.
Ce que le TDAH m’apporte malgré tout
Malgré toutes ces difficultés, il y a aussi des aspects positifs dans mon fonctionnement.
Mon hyperfocus, par exemple, me permet de rattraper une quantité de travail énorme en très peu de temps, ce qui est parfois une vraie ressource.
J’ai aussi une curiosité permanente, un besoin de comprendre, d’apprendre et d’explorer, qui me pousse à aller toujours plus loin dans ce qui m’intéresse.
Et dans ces moments-là, quand je suis totalement immergée dans un sujet qui me passionne, je me sens enfin à ma place.
Le diagnostic : comprendre sans forcément résoudre
Le diagnostic a été une étape importante pour moi.
Il m’a permis de mettre des mots sur ce que je vivais, de comprendre que je n’étais ni paresseuse, ni “anormale”, mais simplement différente, avec un fonctionnement atypique.
Cela a été un soulagement.
Mais en même temps, cela n’a pas tout réglé.
Comprendre, ce n’est pas guérir.
C’est même parfois le début d’un chemin plus long, plus exigeant, où il faut trouver des outils, un accompagnement, et apprendre à vivre avec.
Et aujourd’hui encore, je suis en train d’avancer sur ce chemin.
Apprendre à faire autrement
Aujourd’hui, j’essaie de faire les choses différemment.
J’essaie de moins culpabiliser, d’accepter mon fonctionnement tel qu’il est, même si ce n’est pas toujours facile.
J’ai aussi commencé à me faire accompagner, à mettre en place des choses plus adaptées à moi, à mon rythme, à mes capacités.
Ce n’est pas parfait, loin de là, mais c’est déjà plus juste.
Ce que j’ai envie de te dire
Si tu es entrepreneuse et que tu te reconnais dans tout ça, j’ai envie de te dire une chose.
Tu n’es pas seule.
Et surtout, tu n’as pas à tout porter toute seule.
N’aie pas honte de demander de l’aide, que ce soit à ton entourage ou à des professionnels.
Parler de ton diagnostic, de tes difficultés, de ton ressenti, peut vraiment changer les choses.
Entreprendre avec un TDAH, ce n’est pas un parcours linéaire.
C’est un chemin fait de hauts et de bas, de phases intenses et de moments de blocage, de doutes et de remises en question.
Mais ce n’est pas impossible.
Cela demande simplement d’accepter que ce sera différent, et d’apprendre à construire une manière de travailler qui te correspond vraiment.
Verdict de Nana
La vie est dure, parfois plus qu’on ne l’imaginait.
Mais elle est aussi belle, et fragile.
Alors profite des gens que tu aimes tant qu’ils sont là, et surtout, n’attends pas d’être à bout pour demander de l’aide.
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