En ce début du mois de septembre, je te propose une nouvelle recette de savon purifiant spiruline qui change un peu de mes savons habituels : un savon à la spiruline et à l’aloe vera, avec un petit effet bain de boue qui lui donne tout son charme.
Après l’été, j’avais envie de créer un savon à l’aspect très végétal, presque brut, avec cette jolie couleur verte que l’on associe immédiatement aux algues et aux soins purifiants. Pour obtenir ce résultat, pas besoin de colorant : j’ai incorporé 4 % de spiruline en poudre directement dans ma formule. Et autant te dire qu’à ce dosage, elle ne passe pas inaperçue !
Je l’ai associée à de l’extrait liquide d’aloe vera et à ma base de quatre huiles et beurres végétaux : olive, coco, karité et colza. Le résultat est un savon original, crémeux, avec une vraie personnalité et cette couleur profonde qui lui a tout naturellement valu son petit nom de « savon purifiant effet bain de boue ».
Évidemment, il n’y a pas la moindre boue dans la recette ! C’est uniquement son apparence qui m’a inspirée. Et comme toujours lorsqu’on parle de saponification à froid, on n’oublie pas la partie moins glamour mais absolument indispensable : le calcul précis de la soude et les règles de sécurité pour la manipuler.
Dans cet article, je te montre donc comment réaliser ce savon purifiant spiruline, le rôle de la spiruline et de l’aloe vera, toutes les étapes de fabrication et quelques petites choses intéressantes à savoir sur ce fameux vert… qui pourrait bien nous réserver quelques surprises pendant la cure.
Pourquoi mettre de la spiruline dans un savon ?
On connaît surtout la spiruline comme complément alimentaire. Pourtant, cette cyanobactérie est également utilisée comme ingrédient cosmétique.
Sa richesse en pigments, notamment en chlorophylle et en phycocyanine, lui donne sa couleur caractéristique. Dans un savon, c’est d’abord cette capacité colorante naturelle qui m’intéresse.
À 4 % de la formule totale, soit 40 g pour 1 kg de pâte, nous sommes loin du petit soupçon de spiruline ajouté uniquement pour teinter légèrement le savon. Elle participe pleinement à son identité et permet d’obtenir cet aspect végétal profond qui rappelle immédiatement un soin à base d’algues ou un bain de boue.
Il faut toutefois garder en tête que la saponification est un milieu particulièrement alcalin. Une partie des molécules naturellement présentes dans la spiruline peut être altérée pendant le processus. Il serait donc exagéré d’attribuer au savon toutes les propriétés que possède la spiruline lorsqu’elle est utilisée dans un soin non rincé.
C’est une nuance importante lorsque l’on formule sérieusement ses cosmétiques maison.
La recette du savon purifiant spiruline et aloé véra
Cette formule permet de fabriquer environ 1 kg de pâte à savon fraîche, avant la perte d’eau qui aura lieu pendant la cure.
| Ingrédient | Quantité | % de la formule |
| Huile végétale d’olive vierge extra | 371 g | 37,1 % |
| Huile végétale de coco | 128 g | 12,8 % |
| Beurre végétal de karité | 128 g | 12,8 % |
| Huile végétale de colza | 86 g | 8,6 % |
| Eau déminéralisée | 116 g | 11,6 % |
| Hydroxyde de sodium* | 95 g | 9,5 % |
| Extrait liquide d’aloe vera bio | 36 g | 3,6 % |
| Spiruline en poudre | 40 g | 4 % |
| Total | 1 000 g | 100 % |
* La quantité de soude indiquée ne doit jamais être recopiée sans vérification. Elle doit impérativement être recalculée avec un calculateur de saponification en fonction des matières premières réellement utilisées, de leur indice de saponification, de la pureté de ta soude et du surgraissage souhaité.
Pour mes recettes, je recommande un surgras de 5 % minimum.
La répartition des huiles
La formule contient 713 g de matières grasses. Si l’on exprime uniquement les huiles et beurres en pourcentage, on obtient environ :
| Matière grasse | % des huiles |
| Huile d’olive | 52 % |
| Huile de coco | 18 % |
| Beurre de karité | 18 % |
| Huile de colza | 12 % |
On retrouve donc la même base équilibrée que dans plusieurs de mes recettes de savon : une majorité d’huile d’olive, complétée par la coco, le karité et le colza.
Pourquoi ces quatre matières grasses ?
L’huile d’olive pour la douceur
Avec 52 % des matières grasses, l’huile d’olive constitue la base de la formule. Riche en acide oléique, elle permet d’obtenir des savons à la mousse plutôt fine et crémeuse.
Les savons riches en huile d’olive gagnent également beaucoup à vieillir. Après plusieurs semaines ou mois, ils deviennent généralement plus durs et plus agréables à utiliser.
L’huile de coco pour la mousse
À 18 % des huiles, la coco apporte du pouvoir lavant, de la dureté et surtout des bulles plus généreuses.
Je préfère la maintenir à une proportion raisonnable. En saponification à froid, augmenter fortement l’huile de coco augmente aussi le pouvoir détergent du savon, ce qui n’est pas forcément souhaitable pour un produit utilisé quotidiennement.
Le beurre de karité pour l’onctuosité
Le beurre de karité représente également 18 % des matières grasses. Il contribue à la dureté du savon et donne davantage de corps à sa mousse.
Il équilibre ainsi parfaitement les huiles plus riches en acides gras insaturés.
L’huile de colza pour compléter l’équilibre
Enfin, les 12 % d’huile de colza complètent le profil en acides gras de la recette. Elle permet notamment d’apporter davantage d’acides gras insaturés sans surcharger la formule.
L’aloe vera dans un savon à froid
L’aloe vera est surtout connu pour son utilisation dans les gels, les crèmes et les soins hydratants.
Ici, j’utilise 36 g d’extrait liquide d’aloe vera bio, ajouté à la formulation.
Cependant, comme pour la spiruline, il faut rester raisonnable sur les propriétés que l’on attribue à l’aloe vera après saponification.
Un savon à froid possède un pH alcalin et sa fabrication implique une réaction chimique importante. Les molécules fragiles présentes dans un extrait végétal ne traversent pas nécessairement ce processus intactes.
J’aime donc intégrer l’aloe vera pour enrichir la formulation, mais je préfère ne pas présenter le savon comme l’équivalent d’un gel d’aloe vera appliqué directement sur la peau. Ce sont deux produits complètement différents.
Avant de commencer : sécurité et manipulation de la soude
La fabrication d’un savon à froid nécessite de manipuler de l’hydroxyde de sodium, également appelé soude caustique.
Travaille dans une pièce bien ventilée et éloigne les enfants ainsi que les animaux pendant toute la fabrication et le nettoyage.
Prépare également l’intégralité de ton matériel et de tes ingrédients avant de commencer.
Et surtout, retiens cette règle :
On verse toujours la soude dans l’eau. Jamais l’eau sur la soude.
La dissolution de l’hydroxyde de sodium dans l’eau produit une réaction fortement exothermique. La solution chauffe brutalement et peut dégager des vapeurs irritantes pendant les premières minutes.
Ne place donc jamais ton visage au-dessus du récipient.
En cas de projection sur la peau, rince immédiatement et abondamment à l’eau courante. En cas de projection dans les yeux, rince longuement et contacte immédiatement les services médicaux ou un centre antipoison.
Toujours recalculer la quantité de soude
Pour cette recette, ma fiche de fabrication indique 95 g d’hydroxyde de sodium.
Cependant, cette valeur correspond à ma formulation et ne doit jamais être considérée comme une quantité universelle.
Une modification, même minime, de la quantité ou de la nature d’une huile nécessite de refaire entièrement le calcul.
Ne remplace jamais une huile par une autre en conservant simplement la même quantité de soude.
Comment fabriquer le savon purifiant effet bain de boue ?
1. Préparer les ingrédients et le matériel
Commence par nettoyer ton plan de travail et prépare ton moule.
Pèse ensuite séparément tous les ingrédients. Cette organisation est particulièrement importante en savonnerie : une fois l’émulsion commencée, mieux vaut ne pas découvrir que la spiruline est encore au fond du placard.
Prépare également tes équipements de protection avant d’ouvrir la soude.
2. Préparer la lessive de soude
Pèse les 116 g d’eau déminéralisée dans un récipient résistant à la chaleur et compatible avec la soude.
Pèse séparément la quantité d’hydroxyde de sodium calculée.
Verse progressivement la soude dans l’eau, tout en mélangeant doucement jusqu’à dissolution complète.
La température va monter très rapidement. Place ensuite la solution dans un endroit sécurisé et laisse-la refroidir.
3. Préparer les huiles
Pèse l’huile d’olive, l’huile de coco, le beurre de karité et l’huile de colza.
Fais fondre doucement le beurre de karité et l’huile de coco. Inutile de les faire chauffer fortement : ils doivent simplement devenir liquides.
Ajoute ensuite l’huile d’olive et l’huile de colza puis mélange soigneusement.
4. Préparer la spiruline
Je te conseille de ne pas verser directement les 40 g de poudre dans toute la pâte.
Prélève plutôt une petite quantité des huiles liquides de la recette et mélange-la avec la spiruline jusqu’à obtenir une pâte verte homogène et sans grumeaux.
Cette pré-dispersion facilite énormément son incorporation et évite de retrouver de petits amas de spiruline dans le savon terminé. Elle sera incorporée une fois l’émulsion faite.
5. Réaliser l’émulsion
Lorsque la lessive de soude et les huiles sont revenues à une température adaptée, verse doucement la solution de soude dans les matières grasses.
Introduis le mixeur plongeant puis alterne de courtes impulsions et des mélanges manuels.
Arrête-toi à une trace légère.
Il est inutile d’obtenir une pâte épaisse à ce stade. Nous devons encore incorporer l’aloe vera et la spiruline.
6. Ajouter l’aloe vera et la spiruline
Ajoute les 36 g d’extrait liquide d’aloe vera puis mélange quelques instants.
Incorpore ensuite progressivement la spiruline préalablement dispersée dans toute la pâte à savon si tu veux un savon vert uni, ou alors tu peux aussi réaliser un marbrage.
Mixe brièvement afin d’obtenir une couleur et une texture parfaitement homogènes.
Tu devrais alors obtenir cette pâte verte profonde caractéristique du savon « bain de boue ».
7. Couler le savon
Verse immédiatement la pâte dans ton moule puis tapote-le légèrement sur le plan de travail afin de faire remonter les éventuelles bulles d’air.
Lisse la surface avec une spatule si nécessaire.
Laisse ensuite le savon reposer sans le déplacer pendant environ 24 à 48 heures.
8. Démoulage et découpe
Lorsque le savon est suffisamment ferme, soit 24 à 48 heures après sa fabrication, démoule-le avec précaution.
S’il reste encore très tendre ou marque facilement sous les doigts, ne force pas. Attends simplement 24 heures supplémentaires.
Découpe ensuite le pain en savons individuels.
À ce stade, ils sont encore beaucoup trop jeunes pour être utilisés.
9. Une cure de 4 à 6 semaines minimum
Dispose les savons dans un endroit sec et bien ventilé, en laissant suffisamment d’espace entre chaque morceau pour permettre à l’air de circuler.
Ils devront maintenant patienter pendant au moins quatre à six semaines.
Au cours de la cure, une partie de l’eau s’évapore et les savons deviennent progressivement plus durs et plus durables.
Avec une formule contenant une proportion importante d’huile d’olive, je trouve même intéressant de prolonger la cure lorsque l’on en a la patience.
Oui, je sais : fabriquer un savon demande parfois moins d’une heure et ensuite on nous demande de le regarder pendant six semaines sans y toucher. La savonnerie est une excellente école de patience.
La couleur de la spiruline va-t-elle rester verte ?
Pas forcément, et c’est important de le savoir avant de fabriquer ce savon.
Les pigments naturels sont généralement beaucoup moins stables que les pigments minéraux ou les colorants spécialement conçus pour la savonnerie.
La chlorophylle et la phycocyanine présentes dans la spiruline sont notamment sensibles au pH, à la lumière et à l’oxydation. Or, la pâte à savon fraîche constitue précisément un environnement très alcalin.
Le magnifique vert obtenu au moment de la fabrication peut donc évoluer pendant la saponification et la cure. Selon la spiruline utilisée et les conditions de stockage, il peut devenir plus kaki, olive ou brun-vert.
Ce n’est pas un défaut du savon : c’est simplement la vie parfois imprévisible des colorants naturels.
Comment utiliser ce savon ?
Une fois sa cure terminée, utilise-le comme un savon classique pour nettoyer le corps et les mains.
Fais-le mousser sur peau humide puis rince abondamment.
Entre deux utilisations, laisse-le sécher sur un porte-savon permettant à l’eau de s’écouler. Un savon qui reste constamment dans l’eau ramollira beaucoup plus rapidement.
Comme pour tout nouveau produit cosmétique, cesse son utilisation en cas de réaction ou d’inconfort inhabituel.
Conservation
Une fois la cure terminée, conserve les savons dans un endroit sec, ventilé et à l’abri de la lumière directe.
Pour cette recette, cette dernière précaution est particulièrement intéressante puisque les pigments de la spiruline peuvent évoluer sous l’effet de la lumière.
Évite donc les boîtes hermétiques lorsque les savons sont encore jeunes.
Si tu fabriques plusieurs lots, note toujours la date de fabrication et les numéros de lots des matières premières utilisées. C’est une excellente habitude à prendre, même lorsque l’on fabrique uniquement pour soi.

Ce savon purifiant spiruline effet bain de boue est une recette qui sort vraiment de l’ordinaire. Sa généreuse quantité de spiruline lui donne une identité visuelle forte tandis que l’aloe véra complète une formule déjà équilibrée en huiles végétales.
Mais ce que j’aime surtout dans cette recette, c’est qu’elle permet d’expérimenter avec des ingrédients naturels tout en comprenant leurs limites. La spiruline apporte une magnifique couleur à la fabrication, mais celle-ci peut évoluer. L’aloe véra enrichit la formule, mais il ne faut pas lui attribuer automatiquement toutes les propriétés qu’il possède dans un soin sans rinçage. C’est aussi ça, la formulation cosmétique maison : expérimenter, observer et comprendre ce qui se passe réellement dans notre bécher.






